Tant qu'elle sera en vie, ou plutôt en survie, elle se souviendra de ce jour où sa vie a basculé...dans les moindres détails...elle se souviendra...son père, couteau à la main...sa mère penchée la tête la première sur les bords d'une fenêtre,s'il n'y avait pas son oncle, sa tentative de suicide aurait reussi, et pour cause, ils habitaient au 4ème étage...un appartement témoin de la première et la dernière dispute de ses parents...un appartement où régnait une sorte d'hystérie collective: les cris de ses géniteurs, la voix de son oncle qui savait plus où donner de la tête, ses pleurs sa soeur et elle....Son père quitta la maison, l'emmenant avec lui...et là...c'est le trou noir....elle avait 4 ans.
Bien des fois , elle a esayé de raconter sa vie, elle n'a pas pu; le domaine du souvenir est trop vaste pour qu'elle ne s'y perde pas, et celui de l'oubli l'est davantage.
Elle a fini par admettre qu'elle n'a pas de compte à rendre de son passé, puisqu'il la fuit et lui reste quoi qu'elle fasse attaché et scellé! mais qu'elle peut être comptable des rares lueurs qui ont éclairé, par intervalles,cette masse qui est Elle et qui ne l'est pas.
Elle a tellement de choses à dire...tellement de choses se bousculent en elle, mais qui ne trouvent pas l'issue, elle ne trouve pas les mots pour se libérer de ce poid qui l'écrase, qui l'a écrasé toute sa vie sans que personne ne s'en aperçoive, ce mélange de sentiments qui l'étouffe: tristesse, colère, envie de se cacher, envie de crier, de hurler de toutes ses forces...mais comment faire quand aucun son ne sort? quand on est plus maître de ses volontés?
Nous sommes mardi..il fait noir...allongée sur son lit, radio allumée, en train d'écouter...écouter quoi? écouter qui? des bruits bien ordonnés, bien stimulés e des mélodies, c'est la routine...même histoire...presque tout les soirs.
mais cette nuit, elle sent un désir, une envie, un besoin de parler, d'être écoutée et cesser de jouer à l'auditrice attentive pour les autres..prendre le micro pour une fois et s'exprimer librement, ne plus rien refouler, sans cette peur d'être incomprise, jugée, chatiée ou méprisée...toutes les nuits où elle reste seule, elle s'efforce de combattre cette compagne cinglante, cette solitude glaciale avec ses larmes comme seules armes, elle ferme les yeux et essaye de comprendre sa destinée...
Elle en vint à la conclusion qu'une destinée ne peut être que les impressions, les souvenirs, toutes les réalités vague, riantes ou funèbres, retenues et rappelées rayon à rayon, soupir à soupir...c'est l'existance humaine sortant de l'énigme du berceau et aboutissant à l'énigme du cercueil, c'est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derrière lui la jeunesse, le combat, l'espoir, le desespoir..et qui s'arrête au bord de l'infini..ne reste que l'Amour...s'il y'avait...s'il y'a...
Cela commence par un sourire, continue par une grimace et finit par un sanglot..c'est une âme qui se raconte par une vie...oui...une destinée, c'est une vie jour à jour , c'est la vie d'un être, la vie d'autres êtres aussi, car aucun n'a l'honneur d'avoir une vie à lui tout seul et chaque detinée est forcément liée à d'autres..c'est un maillon de chaînette, et la chaînette c'est la VIE...
Et c'est à travers ces reflexions qu'elle compte essayer de retracer la sienne..pour en comprendre une partie, et en accepter une autre, avec tous les événements qui peuvent bouleverser l'existence d'une jeune feme à l'aube de ses 28 ans.
Mais par quel bout commencer? aucune idée, tout est tellement confus avec l'impression d'être à peine sortie d'une amnésie.Elle se lève de ce lit froid, et se dirige vers son coin préféré du placard, là..des cartons plein de choses, des babioles dont elle n'a pu se resoudre de se séparer, elle en sort ses albums, toutes ses photos..toute une vie...sa vie...
De son enfance, elle ne se souvient que de rares instants de bonheur, elle n'a jamais extériorisé la douleur et le choc éprouvés lors du divorce de ses parents, les études étant sa seule planche de salut, elle y excellait, ramenant des notes bien au delà de la moyenne ,suivant un parcours scolaire exemplaire avec un sourie figé collé à sa face et tout le monde croyait en cette apparence ou peut être faisait semblant d'y croire...c'est tellement plus simple!
il est vrai qu'elle n'a manqué de presque rien, sauf peut etre d'une famille...son père s'était remarié, a eu d'autres enfants , ne leur laissant qu'une petite part de cette vie qu'il a refaite...sa mère, l'être le plus exceptionnel au monde, a fait de ses enfants sa vie à elle..et c'est peut etre devant son courage, par amour , par respect pour cette femme unique qui a vu ses rêves et sa vie se briser et partir en fumée à l'age de 30 ans, mais qui a su se relever, omettre ses propres souffrance pour ne pas en infliger d'autres à ses enfants, que son caractère rebelle s'est forgé...oui.. c'est devant le combat de tous les jours de sa maman qu'elle s'est forgée cette carapace, qu'elle a collé ce sourire figé à sa face...
Une autre photo..;une autre partie de sa courte existence, elle se souvient trés bien de ce jour.. au petit matin au bord d'une piscine avec celui qui deviendra son meilleur ami..qui est son ange-gardien. "Pourquoi cette tristesse au fond de tes yeux?"... en effet, il fût la première personne à avoir décelé ce qu'il a coutume de nommer tendrement "l'éclipse dans les yeux" la première personne à avoir pris la peine et fait l'effort de percer sa carapace...elle avait 16 ans et lui 19 quand ils s'étaient connus et il reussit à percevoir la moindre petite émotion qu'éprouvait l'adolescente qu'elle était..et il est resté le seul pendant longtemps à en percevoir d'autres au fil des ans...ces années où cette tendresse et cette complicité nées dés les premirs instants de leur rencontre n'ont fait que s'ancrer davantage dans cette relation...une des plus importante de sa vie..
Mais comment expliquer cette tristesse...personne n'arrivait jamais à lui donner assez, et dés qu'elle comprenait cela, elle se retirait prise d'amertume. On lui demandait un côté de sa personnalité et on prenait le large dés qu'elle donnait quelque chose en plus...dés qu'elle s'ouvrait en montrant ce coté caché d'elle même...Elle mis bien longtemps à s'apercevoir ce qu'on lui reprochait, c'était peut etre de la stupidité ou de la naiveté de sa part d'attendre qu'on l'accepte telle qu'elle est, telle qu'elle se présente, de manière si directe qu'on ne sait plus quoi faire de cette franchise de sentiments presqu'infantile et si gênante parfois; les gens considèrent les autres d'aprés ce qu'ils sont eux-mêmes, selon leurs propres capacités...c'est tellement injuste! Alors elle se refermait encore plus...laissant les gens croire ce qu'ils voulaient: froide et calculatrice, machiavélique ou frivole...
Elle qui ne voulait rien d'autre que la sincerité des sentiments, la confiance, l'Amour...Elle a cru suivre la grande route qui n'était qu'une impasse dans une société aussi pourrie...un jour a suivi l'autre...et voilà...un jour on a le temps devant soi, le lendemain il n'en reste plus...un jour on comprend, le jour suivant, on ne tolère plus, on ne supporte plus...elle s'est perdue...elle avait 20 ans.
Ces vieux souvenirs engloutis dans le passé , sont réapparus spontanément dans le présent, telle une lumière jaillissant au loin dans un gouffre de tristesse, ils deviennent un spectacle fascinant. Ces pages tournées, retournées font naître en elle un sentiment d'ironie face à ses beaux rêves de jadis, où elle était emportée par un idéal aussi dur que le roc, où elle cherchait ce monde pour réaliser ses aspirations de bien-être, de libérté et de grand air; quand elle s'est reveillée...c'était le cauchemar! Elle n'a trouvé que du noir au long de ce son chemein où brûlaient ses émotions; au fond d'elle s'ouvrit un gouffre vague et secret de peine et de mélancolie, avec un coeur déchiré, fermé et un esprit désemparé...ses traces se sont effacées dans le mal de la vie, où pendant de longues périodes, elle s'efforçait de rassembler ses pensées dispersées, où elle cherchait des visions de bonheur mais ne trouvait en son âme qu'une maison désértée, hantée par des souvenirs fantômes, elle y parcourais inquiète les corridors froids, démunis d'énérgie vivifiante, démunis d'Amour...
Ces instants où elle pensait tenir le bonheur en sa main royale étaient bien loin, maintenant qu'elle n'y était plus, elle n'avait plus que la nostalgie de ces quelques lueurs volées, à peine lui restait-il assez de lucidité et de courage pour poursuivre son chemin, en dédaignant les comptes à rendre et les justifications houleues...quelle drogue lui rendrait plus fréquents ces instants de paix et de bonheur? qui lui permettrait de partir là où nulle douleur terrestre n'arrive? elle arrêta sa quête, se laissant conduire...elle avait 25 ans.
Dernière photo...avec LUI....et un sourire illumina son visage, LUI, c'est l'homme de ses rêves, celui qu'elle attendait..avec les qualités que toutes les femmes espèrent chez un homme...et les défauts qu'elle espérait trouver en son homme! leurs routes se sont croisées, elle ne s'y attendait pas...s'est laissée mener, résolue à vivre une autre intervalle dans sa vie et résignée d'avance à la classer dans son coffre le jour où la parenthèse sera fermée...elle s'est laissée guider...et ils se sont apprivoisés...
"L'eclipse dans ses yeux" revient de temps en temps, la mélancolie s'infiltre en elle sans crier gare des fois...mais quand elle le regarde dormir, parler, manger, lui sourire, elle retrouve ce bonheur , cette spontaneité presqu'infantile qui gênait tant les autres...mais que LUI aime tant...et elle se sent pousser des ailes...et se sent fière d'être aimée par lui...fière de l'aimer aussi...
Elle s'épanouit doucement mais sûrement à ses côtés, commence à vivre sa vie et d'en apprecier chaque moment, même sa colère a un sens maintenant...
Oui...elle a enfin trouvé le sentier menant au chemin de sa destinée..la maillon manquant est enfin lié au sien...et sa chaînette a pris un sens nouveau...à l'aube de ses 28 ans.
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